René Duguay-Trouin 1673 - 1736

 


 

Né le 10 juin 1673 à Saint-Malo, René Duguay-Trouin devait être normalement destiné à la prêtrise conformément aux souhaits de son armateur de père. Mais à la mort de celui-ci en 1688, il décide d'aller poursuivre ses études à la faculté des arts de Caen, où il mène une existence de libertin.
Saint Malo

Le conseil de famille décide alors de le faire embarquer sur la Trinité, puis sur le Grénédan. Le fier malouin y fait ses premières armes puisqu'il prend part à plusieurs combats et se trouve une nouvelle vocation.

De 1692 à 1695 Duguay-Trouin commande six bâtiments en course : le Danycan, le Coëtquen, le Profond (flûte du roi), les frégates Hercule et Diligente sur laquelle il est fait prisonnier, et après son évasion il commande le François (vaisseau de trente- huit canons).

Durant cette période il fait de nombreuses prises marchandes et s'empare notamment du navire de guerre britannique le Non Such. En 1696, il prend le commandement du Sans Pareil, anciennement le Non Such et attaque avec réussite un convoi hollandais fortement protégé où il capture l'amiral Wassenaër.

Ce haut fait d'arme, ajouté à la capture du convoi de Bilbao avec le Saint-Jacques, lui permettent d'entrer dans la marine royale comme capitaine de frégate en 1697.

Le malouin va ensuite continuer à se distinguer en s'emparant au Spitzberg de vingt-huit baleiniers hollandais et en effectuant plusieurs campagnes fructueuses sur le Jason. Capitaine de vaisseau depuis deux ans, il mène en 1707 avec l'escadre de Forbin, un combat victorieux contre l'amiral Richard Edwards qui escortait avec cinq vaisseaux un convoi de cent vingt voiles transportant des troupes au Portugal.

René Duguay-Trouin est logiquement anobli en 1708 et peut se targuer d'un bilan particulièrement flatteur : seize navires de guerre et plus de trois cents marchands capturés depuis qu'il fait la course.

Mais ce ne peut être un aboutissement pour lui dans la mesure où une idée l'obsède depuis longtemps : capturer la flotte du Brésil et ses fabuleuses cargaisons. C'est la plus belle proie qui sillonne les mers, d'autant plus que beaucoup ont échoué dans une telle entreprise.

René Duguay-Trouin

Il réussit finalement son exploit en prenant d'assaut la colonie portugaise de Rio de Janeiro le 20 septembre 1711. En imposant à la ville vaincue une très forte rançon et en prenant ou brûlant cinq vaisseau de guerre et soixante bâtiments de commerce, il peut assurer à ses bailleurs de fonds malouins une dividende de 92%.

Nommé chef d'escadre en 1715, membre du conseil d'administration de la Compagnie des Indes en 1723, lieutenant général en 1728, il dirige sa dernière campagne en 1731 contre les régences d'Alger, de Tunis et de Tripoli, auxquelles il impose un plus strict respect des traités passés avec la France.

La prise de Rio


La prise de Rio, le 20 septembre 1711, fut un événement considérable qui apporta à Duguay-Trouin de la reconnaissance, des honneurs mais surtout il contribua à inscrire définitivement le malouin parmi les plus grands corsaires et marins français de tous les temps.

L'expédition était composée de 17 vaisseaux et frégates, montées de 6000 marins et soldats. Douze de ces bâtiments avaient été prêtés par le roi, qui fut séduit par le projet. Charles Cunat, qui fut du voyage, nous relate l'irruption du convoi dans la baie :

" à une heure de l'après-midi, les vaisseaux s'engagèrent dans l'étroit goulet de Rio de Janeiro, sous pavillon angalis (ruse admise); mais à la forteresse de Santa-Cruz qui est à la droite, et qui était sur le qui-vive, commença le feu. Le Magnanime, qui ouvrait la marche, voyant sa nationalité reconnue, amena les couleurs britanniques et envoya sa bordée en hissant le pavillon du roi. Tous les forts du dedans et du dehors tirèrent sur les bâtiments de l'escadre, qui passèrent beaupré sur poupe, faisant feu des deux bords et avec une régularité de marche qui eut été admirable, même en entrant dans un port ami. Non, seulement ils supportèrent les décharges multipliées de l'artillerie des forts, mais encore celle d'une division de trois vaisseaux de guerre et quatre frégates mouillées devant la ville.

Toutefois, le feu de cette multitude de batteries élevées des deux côtés du goulet, n'arrêta pas plus la marche de l'escadre que celui des vaisseaux portugais. Ceux-ci effrayés de l'audacieuse contenance des français et craignant d'être enlevés à l'abordage, coupèrent leurs amarres et allèrent s'échouer sous les canons de la ville"

A quatre heures, l'escadre mouilla hors de portée de canon de tous les forts; la panique ayant gagné la ville, il fit savoir qu'il incendierait à moins d'une rançon énorme qui lui fut payé en poudre d'or.

Doté de toutes les qualités, le corsaire breton a pu s'appuyer sur des moyens hors normes (prêt de 12 bâtiments de la marine royale) pour la course et l'époque afin de réaliser son exploit. D'ailleurs celui-ci peut nous amener à nous poser la question suivante : peut il être toujours considéré comme un corsaire ?

Non, si l'on s'en tient à la stricte définition qui en est donnée : un particulier doté en temps de guerre d'une lettre de marque l'autorisant à capturer et à piller les navires ennemis pour son compte. Oui, si l'on sait que la tâche qui lui était assignée par le roi restait la course et que les frais de l'armement des vaisseaux qu'il commandait restaient à la charge de particulier.

C'est en fait un corsaire hybride qui servait des intérêts privés (ceux des armateurs) et ceux du royaume en étant à la tête de bâtiments de la marine royale.