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Né
le 10 juin 1673 à Saint-Malo, René Duguay-Trouin
devait être normalement destiné à la prêtrise
conformément aux souhaits de son armateur de père.
Mais à la mort de celui-ci en 1688, il décide
d'aller poursuivre ses études à la faculté
des arts de Caen, où il mène une existence de
libertin. |
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Le conseil de
famille décide alors de le faire embarquer sur la Trinité,
puis sur le Grénédan. Le fier malouin y fait ses premières
armes puisqu'il prend part à plusieurs combats et se trouve
une nouvelle vocation.
De 1692 à
1695 Duguay-Trouin commande six bâtiments en course
: le Danycan, le Coëtquen, le Profond (flûte du roi),
les frégates Hercule et Diligente sur laquelle il est fait
prisonnier, et après son évasion il commande le François
(vaisseau de trente- huit canons).
Durant cette période il fait de nombreuses
prises marchandes et s'empare notamment du navire de guerre britannique
le Non Such. En 1696, il prend le commandement du Sans Pareil, anciennement
le Non Such et attaque avec réussite un convoi hollandais
fortement protégé où il capture l'amiral Wassenaër.
Ce haut fait d'arme, ajouté à la
capture du convoi de Bilbao avec le Saint-Jacques, lui permettent
d'entrer dans la marine royale comme capitaine de frégate
en 1697.
Le malouin va ensuite continuer à se distinguer
en s'emparant au Spitzberg de vingt-huit baleiniers hollandais
et en effectuant plusieurs campagnes fructueuses sur le Jason. Capitaine
de vaisseau depuis deux ans, il mène en 1707 avec l'escadre
de Forbin, un combat victorieux contre l'amiral Richard Edwards
qui escortait avec cinq vaisseaux un convoi de cent vingt voiles
transportant des troupes au Portugal.
René
Duguay-Trouin est logiquement anobli en 1708 et peut
se targuer d'un bilan particulièrement flatteur : seize
navires de guerre et plus de trois cents marchands
capturés depuis qu'il fait la course.
Mais ce ne peut être
un aboutissement pour lui dans la mesure où une idée
l'obsède depuis longtemps : capturer la flotte du
Brésil et ses fabuleuses cargaisons. C'est la plus
belle proie qui sillonne les mers, d'autant plus que beaucoup
ont échoué dans une telle entreprise.
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Il réussit finalement son exploit en prenant
d'assaut la colonie portugaise de Rio de Janeiro le 20 septembre
1711. En imposant à la ville vaincue une très forte
rançon et en prenant ou brûlant cinq vaisseau de guerre
et soixante bâtiments de commerce, il peut assurer à
ses bailleurs de fonds malouins une dividende de 92%.
Nommé chef d'escadre en 1715, membre
du conseil d'administration de la Compagnie des Indes en 1723, lieutenant
général en 1728, il dirige sa dernière
campagne en 1731 contre les régences d'Alger, de Tunis et
de Tripoli, auxquelles il impose un plus strict respect des traités
passés avec la France.
La prise
de Rio
La
prise de Rio, le
20 septembre 1711, fut un événement considérable
qui apporta à Duguay-Trouin de la reconnaissance, des honneurs
mais surtout il contribua à inscrire définitivement
le malouin parmi les plus grands corsaires et marins français
de tous les temps.
L'expédition
était composée de 17 vaisseaux et frégates,
montées de 6000 marins et soldats. Douze de ces bâtiments
avaient été prêtés par le roi, qui fut
séduit par le projet. Charles Cunat, qui fut du voyage, nous
relate l'irruption du convoi dans la baie :
"
à une heure de l'après-midi, les vaisseaux s'engagèrent
dans l'étroit goulet de Rio de Janeiro, sous pavillon angalis
(ruse admise); mais à la forteresse de Santa-Cruz qui est
à la droite, et qui était sur le qui-vive, commença
le feu. Le Magnanime, qui ouvrait la marche, voyant sa nationalité
reconnue, amena les couleurs britanniques et envoya sa bordée
en hissant le pavillon du roi. Tous les forts du dedans et du dehors
tirèrent sur les bâtiments de l'escadre, qui passèrent
beaupré sur poupe, faisant feu des deux bords et avec une
régularité de marche qui eut été admirable,
même en entrant dans un port ami. Non, seulement ils supportèrent
les décharges multipliées de l'artillerie des forts,
mais encore celle d'une division de trois vaisseaux de guerre et
quatre frégates mouillées devant la ville.
Toutefois,
le feu de cette multitude de batteries élevées des
deux côtés du goulet, n'arrêta pas plus la marche
de l'escadre que celui des vaisseaux portugais. Ceux-ci effrayés
de l'audacieuse contenance des français et craignant d'être
enlevés à l'abordage, coupèrent leurs amarres
et allèrent s'échouer sous les canons de la ville"
A
quatre heures, l'escadre mouilla hors de portée de canon
de tous les forts; la panique ayant gagné la ville, il fit
savoir qu'il incendierait à moins d'une rançon énorme
qui lui fut payé en poudre d'or.
Doté
de toutes les qualités, le corsaire breton a pu s'appuyer
sur des moyens hors normes (prêt de 12 bâtiments de
la marine royale) pour la course et l'époque afin de réaliser
son exploit. D'ailleurs celui-ci peut nous amener à nous
poser la question suivante : peut il être toujours
considéré comme un corsaire ?
Non,
si l'on s'en tient à la stricte définition qui en
est donnée : un particulier doté en temps de guerre
d'une lettre de marque l'autorisant à capturer et à
piller les navires ennemis pour son compte. Oui, si l'on sait que
la tâche qui lui était assignée par le roi restait
la course et que les frais de l'armement des vaisseaux qu'il commandait
restaient à la charge de particulier.
C'est
en fait un corsaire hybride qui servait des intérêts
privés (ceux des armateurs) et ceux du royaume en étant
à la tête de bâtiments de la marine royale.

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